Légumes, fruits, viande, céréales : ces aliments qu’il est indispensable de consommer bio

Publié le 11 septembre 2020 sur www.francesoir.fr

Certains fruits et légumes sont particulièrement exposés aux traitements chimiques et doivent être consommés bio

© DENIS CHARLET / AFP/Archives

Quels sont les aliments qu’il est préférable de manger bio ? Quels sont les fruits et les légumes, mais aussi les viandes et céréales qui contiennent le plus de produits chimiques lorsqu’ils sont issus de l’agriculture conventionnelle ?

Simple principe de précaution pour certains, évidence pour d’autres, un nombre croissant de Français font le choix d’une alimentation d’origine biologique. Si les études scientifiques sont encore trop peu nombreuses pour affirmer que manger bio permet de vivre plus longtemps et en meilleure santé, les pesticides sont de plus en plus souvent pointés comme des facteurs favorisants certaines maladies (telles que Parkinson et certains cancers et pathologies liés aux perturbations endocriniennes). Les chercheurs craignent également de plus en plus l’effet cocktail engendré par toutes les substances chimiques et toxiques que nous ingérons et respirons au quotidien. Au-delà de cet aspect sanitaire pour l’être humain, les produits phytosanitaires et d’autres pratiques de l’agriculture conventionnelle ruinent la santé de nos sols, nuisent à la biodiversité, polluent les rivières, les nappes phréatiques et l’air que nous respirons.

Lorsque l’on se décide à franchir le pas d’une consommation plus responsable, trois réflexes s’imposent généralement : manger local, fuir les aliments sur-emballés et privilégier les produits issus de l’agriculture biologique. Quels sont les aliments qu’il semble vraiment intéressant de choisir bio ?

Le lait et les produits laitiers
C’est sans aucun doute le premier produit qu’il est judicieux d’acheter bio. Le lait et, par extension, les produits laitiers concentrent en effet, en moyenne, 5 fois plus de pesticides que les végétaux. En plus de ces résidus pesticides liés à leur alimentation (céréales et fourrages), vaches, chèvres et brebis qui donnent le lait d’origine conventionnelle sont encore trop et trop souvent traitées aux antibiotiques afin de prévenir certaines maladies.

Ces fruits qu’il est très préférable de manger bio
Plus ils sont fragiles, plus ils sont traités : les fruits tels que les raisins, les pommes, les fraises ou encore les pêches, lorsqu’ils sont issus de l’agriculture conventionnelle, sont très fréquemment arrosés de pesticides et/ou fongicides. C’est notamment le cas du raisin, sur la peau duquel on retrouve de nombreuses traces de produits chimiques.
Mais aussi de la pomme, qui, lorsqu’elle n’est pas bio, reçoit, en moyenne, 36 traitements, que l’on retrouve dans la peau mais aussi dans la chair.
Les fraises sont elles aussi particulièrement vulnérables : 7 barquettes de fraises non bio sur 10 concentrent des pesticides et des fongicides reconnus comme perturbateurs endocriniens, notamment le captane.
Sans oublier les pêches qui reçoivent notamment pour traitement du captane et l’iprodione, un pesticide et un fongicide pointés du doigt dans la survenue de certains cancers, que l’on retrouve en quantité trop importante dans l’immense majorité des pêches vendues en Europe.

Ces légumes qu’il faut impérativement manger bio
Les salades sont parmi les légumes qui reçoivent le plus de traitements : 80% des salades conventionnelles contiennent des résidus de pesticides, parfois interdits en France. A fuir également : les salades en sachet, qui sont traitées au chlore.
Bien qu’enfouie dans la terre, la pomme de terre n’est pas à l’abri des pesticides, herbicides et autres fongicides. Sans oublier les traitements que les pomme de terre reçoivent pour éviter le développement des germes après récolte. Même une fois lavées et épluchées, plus de 8 pommes de terre conventionnelles sur 10 contiennent encore des substances potentiellement nocives pour l’organisme.
Parmi les autres légumes qu’il apparaît fondamental de consommer bio, citons le poivron, le céleri, copieusement arrosé de produits chimique (antibactériens et fongicides), mais aussi les épinards et les concombres.

Les œufs
Pour le bien-être animal mais aussi pour leur qualité nutritionnelle, il est particulièrement important de choisir des œufs bio. C’est la seule manière de s’assurer que les volailles ont eu accès à un semblant d’espace extérieur au cours de leur vie. Idéalement même, on se met en quête d’œufs issus de poules ayant été nourries aux graines et de céréales de qualité et adaptés à leurs besoins, afin d’obtenir des œufs dotés d’un bon équilibre en oméga-6 et oméga-3.

Les viandes de poulet et de bœuf
On retrouve, dans la viande de bœuf, une concentration particulièrement importante en pesticides, mais aussi en antibiotiques et, potentiellement, en OGM. A consommer bio en priorité donc, mais aussi de manière raisonnée : la viande bio garantit un plus grand bien-être animal, mais elle est également plus chère que la viande issue d’élevages conventionnels.
Pour les même raisons, les volailles doivent être prioritairement choisies issus d’élevage respectant le cahier des charges de l’agriculture biologique.

Les céréales complètes
Excellentes pour la santé, les céréales complètes sont riches en fibres et autres minéraux et oligo-éléments. En revanche, mieux vaut fuir les céréales complètes issus de l’agriculture conventionnelle : leur enveloppe, dont elles ne sont pas débarrassées, concentrent en effet l’essentiel des résidus de traitements chimiques dont sont arrosés les champs de blé ou de riz par exemple.

60 millions de consommateurs alerte sur les dangers du jambon dit « sans nitrite »

Publié le 9 juillet 2020 sur www.femmeactuelle.fr

Le hors-série Manger sans s’empoisonner, de 60 millions de consommateurs pointe du doigt les techniques des industriels pour continuer à utiliser du nitrite de sodium dans le jambon, sans en faire mention sur les étiquettes. Explications.

La guerre est déclarée ! Pour bien choisir son jambon, sans doute, savez-vous qu’il vaut mieux éviter le nitrite de sodium (E250). Cette particule, appréciée par les industriels notamment pour la couleur rosée qu’elle confère au jambon, a une sale réputation. Et pour cause, le nitrite, lorsqu’il se décompose dans de la viande, produit des composantes nocives, responsables de l’apparition et du développement de tumeurs. Comme avec l’huile de palme, de nombreux consommateurs, désireux de préserver leur santé, ont alors commencé à traquer cet additif. Résultat : les industriels s’adaptent, en proposant désormais des formules estampillées “sans nitrite”.

L’histoire pourrait s’arrêter ici. Simplement, comme il est possible de dissimuler l’origine des cornichons, il est également facile de cacher la présence de nitrite dans le jambon. C’est en tout cas ce que révèle la dernière enquête de 60 millions de consommateurs, dans son hors-série Manger sans s’empoisonner. “Certains fabricants ont trouvé une astuce pour continuer à vendre des charcuteries nitrées sans que le consommateur s’en aperçoive. Le nitrite reste dans la recette… mais disparaît des étiquettes” écrit Guillaume Coudray, également auteur du livre Cochonneries: Comment la charcuterie est devenue un poison.

Jambon sans nitrite : les industriels le remplacent… par du nitrite

Si les compositions du jambon sont revues et que les additifs nitrés disparaissent de la liste des ingrédients, le jambon reste rose. Et pour cause, les industriels utilisent du nitrate d’origine végétale. Obtenu, notamment en faisant “pousser des légumes sous serre”, le magazine explique le subterfuge. “Il suffit alors de faire fermenter ce nitrate grâce à des bactéries : on obtient du nitrite”. Tout aussi dangereux pour la santé. C’est un fait : il reste difficile pour les industriels d’éliminer le nitrite des recettes. Grâce à son pouvoir antiseptique, “il permet d’employer une matière première de moindre qualité, il allonge la durée de conservation et peut autoriser des écarts d’hygiène lors de la fabrication, tout en évitant le botulisme”.

En faisant usage de cet additif d’origine végétal, les marques réussissent donc à tromper le consommateur. Lui, pense acheter quelque chose de naturel, et donc sain, alors que ce n’est pas le cas. Et pire encore, les marques peuvent lui faire dépenser plus d’argent pour le même produit. Guillaume Coudray rappelle que “le consommateur est prêt à payer ces produits de 15 à 20 % plus cher”.

Comment faire pour trouver de la charcuterie sans nitrite de sodium ?

Quitte à dépenser plus, autant que ce soit pour des produits de qualité. Au supermarché, le consommateur peut vite être perdu. Les marques et les saveurs n’en finissent plus de faire grossir les rayons. Pour se protéger, certains amateurs de charcuterie apprennent à décrypter les étiquettes et les différents labels. Seulement, cela peut prendre énormément de temps. Heureusement, le magazine 60 millions de consommateurs met en lumière les initiatives, lancées par deux marques de grande distribution. De quoi vous faire gagner du temps lorsque vous faites vos courses. Ainsi, si vous désirez acheter du jambon sans nitrite de sodium, et sans nitrate d’origine végétal, vous pouvez vous diriger vers : la gamme de jambon de couleur pâle de Fleury Michon, ne contenant aucun produit nitré ou vers le jambon gris de la marque Brocéliande.

Enfin, il est bon de rappeler que depuis 2015, l’organisation mondiale de la santé (OMS) a classé la viande comme produit cancérogène. Des études sont d’ailleurs menées sur le sujet. Une étude publiée dans l’International Journal of Epidemiology révélait en 2019 que la viande, même consommée en petite quantité avait des effets directs sur l’apparition du cancer colorectal. Outre la santé, l’impact environnemental de la production de viande est également discuté. De nombreux spécialistes conseillent alors de ne pas manger de la viande tous les jours en adoptant un régime dit flexitarien.

Qualité nutritionnelle : et voilà la liste des 100 meilleurs aliments au monde

Atlantico.fr : Des chercheurs ont analysé plus de 1 000 aliments crus, et les ont classé en fonction de leur apport nutritionnel. La palme d’or revient aux amandes ! En quoi cette graine est-elle bonne pour notre organisme ?

Béatrice de Reynal : Avant de répondre, quelques mots sur l’étude en question, dont il convient d’abord de voir quels étaient ses objectifs, quelle est sa méthodologie, qui sont les chercheurs, dans quelles revues scientifiques ils ont publié, et quelle est la significativité des résultats.

Dans la publication, l’équilibre nutritionnel d’un aliment a été quantifié et appelé « aptitude nutritionnelle ». Par exemple, les viandes sont riches en protéines. Certaines viandes sont riches en fer, d’autres pas. Celles qui ont donc la double compétence « protéines + fer » sont très bien notées quand celles qui ne sont que riches en protéines le sont moins.

Sachant que certains nutriments sont des « facteurs limitants » car ils sont assez rares dans l’éventail alimentaire, on peut alors bien noté les aliments doublement compétents : ils permettent de satisfaire 2 besoins majeurs, et devront être favorisés, sans quoi nous serions obligés de manger doublement pour satisfaire tous nos besoins.

Par exemple : je mange de la volaille pour les protéines (pauvres en fer), je devrais encore manger de la viande rouge pour satisfaire mes besoins en fer.

Ainsi, tous les groupes alimentaires (aliments riches en protéines, lipides, glucides) comportent un groupe de « super aliments doublement compétents et une nuée d’aliment mono-compétents.

Quels sont les nutriments que l’on va rechercher en priorité :
– dans les aliments protéiques, ceux riches en choline, en vitamine D et les moins riches en lipides, cholestérol.
– dans les aliments peu caloriques, ceux qui sont les plus riches en oméga 3 ou en choline…

L’aptitude nutritionnelle offre un moyen de hiérarchiser les aliments recommandables au sein d’un réseau mondial d’aliments, dans lequel les aliments sont liés en fonction des similitudes de leurs compositions nutritives.

Un certain nombre de nutriments clés ont été identifiés, comme la choline ou l’acide α-linolénique (Oméga 3), très importants. Ensuite, des paires de nutriments peuvent être synergiques, alors que chaque nutriment seul peut ne pas avoir d’intérêt.

Fait intéressant, les aliments à haute valeur nutritive permettent cet équilibre nutritif. on obtient alors un répertoire diversifié de corrélations nutriments-nutriments. Cette approche de profilage des nutriments fournit une vue globale des relations entre les aliments et les nutriments, et peut être étendue aux politiques nutritionnelles, au marketing alimentaire et à la nutrition personnalisée.

Cette approche est intéressante pour une gestion globale en santé publique. Néanmoins, elle n’est pas aussi précise que le système Sain/Lim. Celui-ci évalue tous les atouts nutritionnels de chaque aliment (il donne des points + à tous les nutriments présents)mais aussi les éléments défavorables (sodium, acides gras saturés, etc.) qui reçoivent alors des points négatifs. Il s’ensuite, pour chaque catégorie alimentaire, de classer les aliments selon leur note finale.
parmi les végétaux, le cresson sort n°1 mondial.

Pour autant, doit-on se gaver de cresson ?

Certainement pas. Deux dimensions font gravement défaut à ces classements : ils oublient la variété, clé de voûte de l’équilibre alimentaire, et tous les aspects personnels (émotion, intellect, culturel) et sociaux. Nous ne sommes pas des véhicules qui ont besoin de pétrole et de graisse. Nous sommes des êtres vivants, culturels, sociaux et avons un besoin fondamental de partage, de liens, d’appartenance.
Pour revenir à votre question à propos des amandes, vous comprendrez bien la réponse. En passant, je vais tout de même souligner que les amandes qui font autant de lobbying actuellement en France viennent de Californie, sont traitées très largement, et en aucun cas ne sont supérieures à la noisette, la noix, et les autres graines locales.

Les chercheurs ont donc mis en place une liste de 100 aliments bon pour notre alimentation. Parmi elle, beaucoup de graines, de légumes et de poissons… La viande est donc moins nutritive ?

Depuis 30 ans, l’étude sur le régime méditerranéen et toutes celles qui ont suivi, ont largement établi qu’une alimentation riches en fruits et légumes, graines et huiles végétales était la plus favorable à la santé. Non, la viande n’est pas moins nutritive. Elle est essentielle car elle apporte du fer indispensable à la croissance d’un enfant, et aux femmes. Pour autant, en consommer 2 fois par jour avec des portions trop copieuses (100 g suffisent / jour et nous avons en moyenne des portions de 130 à 160 g) est délétère pour la santé. Choisir d’être « flexitarien » c’est à dire raisonnable et se contenter de 5 portions de 100 g par semaine relève du simple bon sens. Bon sens que vous rappelle le PNNS.

Quels sont les aliments qui détiennent un apport nutritif indéniable et auxquels nous ne penserions pas ?

Aucun aliment n’est miraculeux ni essentiel ou complet. Choisissez des fruits et légumes en abondance, sous toutes leurs formes : cru, cuit, en purée, en compote, en jus… consommez les à volonté et si vous n’avez pas de volonté, apprenez à les apprécier.

Consommez tous les jours un peu de graines en variant (3 amandes, 4 noisettes, 2 noix…).

Consommez des céréales tous les jours : le pain complet est le mieux. Sinon, semoule, blé cuit, quinoa, riz complet.

Consommez régulièrement des légumes secs : salade de lentille, purée de pois cassés, pois chiche ou pois.

Consommez 2 produits laitiers par jour, au choix.

Consommez de la viande ou du poisson une seule fois par jour.

Une fois par jour, 1 c. à soupe d’huile de colza pour les Oméga 3. Pas compliqué !

Mieux s’alimenter pour prévenir les maladies chroniques et infectieuses

Si grâce aux mesures d’hygiène, aux vaccins et aux antibiotiques, la mortalité liée aux infections n’a cessé de diminuer ces dernières années, les maladies chroniques non transmissibles, elles, ont vu leur incidence augmenter. Or parmi les principaux accusés, est pointée du doigt la « malbouffe » qui génère surpoids, obésité et pathologies associées. Par ailleurs, on sait aujourd’hui que l’obésité et le diabète augmentent le risque de contracter une forme sévère de Covid-19. En clair, mieux s’alimenter constitue un moyen de prévention des maladies chroniques non transmissibles, mais aussi des pathologies infectieuses. Et cela passe par le filtre du microbiote intestinal.

Cette communauté de micro-organismes a un rôle clé dans notre santé. Au fil du temps, une véritable symbiose s’est en effet mise en place entre cette communauté de microbes et notre organisme. Tant et si bien que si l’équilibre est rompu, cela peut se traduire par diverses maladies inflammatoires à médiation immunitaire. Or on sait que la réponse immunitaire innée, première ligne de défense contre les infections, déclenche la réponse immunitaire adaptative. On sait aussi que cette première réponse est à l’origine de la réaction inflammatoire dont les excès sont si redoutés en cas de Covid-19. Et si nous réagissons plus ou moins bien, c’est en raison de différents facteurs rendant notre système de défense immunitaire moins performant : l’âge, la résistance aux antibiotiques (lorsqu’il y a surinfection par des bactéries), ou encore une maladie chronique.

Quand le microbiote est perturbé

Plusieurs pathologies ont été associées aux perturbations du microbiote. À savoir, l’obésité, le diabète, l’asthme, des cancers, mais aussi des maladies inflammatoires à médiation immunitaire touchant le tube digestif (maladie de Crohn à l’origine de douleurs abdominales, diarrhée chronique, fatigue, perte d’appétit et amaigrissement), les articulations (polyarthrite rhumatoïde qui génère fatigue et douleurs articulaires) ou encore le système nerveux central (sclérose en plaques et ses douleurs, sa fatigue, ses troubles sensitifs, moteurs…).

Les processus en jeu allient inflammation, stress oxydatif, mais aussi alimentation et environnement. On sait en effet que les antibiotiques, les particules fines et le dioxyde d’azote, ainsi que les contaminants des aliments ont un impact sur notre microbiote. Des données récentes suggèrent par ailleurs que dans nos sociétés industrialisées, le microbiote intestinal s’est éloigné du modèle ancestral. Et l’on peut aussi imaginer que la modernisation rapide des pratiques médicales (antibiotiques, césariennes…) l’aient peu à peu détérioré, contribuant ainsi à la diffusion de diverses maladies. Reste que sa structure et ses fonctions sont surtout façonnées par le régime alimentaire.

Dans les pays occidentaux, celui-ci se caractérise par :

Partant de ce constat, on peut supposer qu’un régime respectant la règle des 3V (vrai, végétal et varié), avec d’une part davantage d’apports en fibres et en antioxydants, et d’autre part moins de contaminants, permette de réduire le risque d’apparition de maladies chroniques du fait d’un meilleur fonctionnement de notre système immunitaire. Un tel régime se rapproche d’un régime méditerranéen, que l’on sait négativement associé à des marqueurs inflammatoires.

Vieillissement, inflammation et immunosénescence

Pour le Covid-19, qui est une pandémie majeure, il est désormais clair que les indicateurs de vieillissement de la population en Europe sont corrélés à l’intensité locale de l’épidémie. On peut facilement l’expliquer. Le vieillissement, en effet, se traduit par le développement d’une inflammation à bas bruit qui fragilise l’organisme et favorise l’apparition de diverses maladies.

Il induit par ailleurs un phénomène d’immunosénescence, c’est-à-dire une perte d’efficacité du système immunitaire, d’où un risque accru d’infections et de possibles complications. Or ceci va de pair avec des modifications du microbiote intestinal.

Ces changements sont pour partie liés à une alimentation moins diversifiée. En intervenant sur le régime alimentaire des personnes âgées grâce à la règle des 3V tout en les encourageant à maintenir une activité physique, on pourrait donc les aider à rester en bonne santé. D’autant que ceci réduirait la prise d’antibiotiques, préservant ainsi le microbiote intestinal qui est impliqué dans la réponse du système de défense immunitaire.

En pratique, la structure et les fonctions de cette communauté sont modulées par les infections. Lorsque le microbiote est riche et stable, il joue efficacement son rôle barrière contre les agents pathogènes. Mais si, pour diverses raisons – comme la prise d’antibiotiques ou une alimentation déséquilibrée – son équilibre est altéré, alors le microbiote ne remplit plus correctement son rôle, d’où une vulnérabilité accrue aux agents pathogènes de l’environnement.

L’impact des maladies chroniques

Les maladies chroniques étant elles-mêmes largement associées à de tels déséquilibres ou une mauvaise adaptation du microbiote intestinal (ou dysbioses), elles constituent donc un facteur de risque de complications à la suite d’une infection virale. Du reste, on sait que des surinfections bactériennes viennent souvent compliquer les infections virales. Et il se pourrait que cette surinfection s’explique par l’altération du microbiote induite par la maladie infectieuse de départ : c’est ce qui a été montré chez la souris, où le microbiote perturbé par le virus de la grippe produit moins d’acides gras à chaîne courte, ce qui va de pair avec une moindre action bactéricide de cellules du système de défense inné dans les alvéoles pulmonaires, d’où une sensibilité accrue aux surinfections bactériennes. Or s’agissant des maladies chroniques, les chiffres de l’épidémie de Covid-19 sont parlants…

Ainsi en Italie, fin mars 2020, l’âge moyen des personnes décédées parmi 355 patients atteints de Covid-19 était de 79,5 ans. Or 30 % avaient une maladie cardiovasculaire, 35 % un diabète, 20 % un cancer actif, 24,5 % une fibrillation auriculaire et 10 % des antécédents d’AVC. Seul 1 % ne présentait aucune autre maladie que le Covid-19, quand 25 % en avaient une autre, 26 % en avaient deux et 48,5 % trois ou plus. Un constat du même ordre a été dressé en Chine, avec la même hiérarchie dans les facteurs de comorbidités.

L’analyse des premiers décès en France semble obéir à une distribution similaire, avec un risque infime de décès pour les moins de 45 ans sans maladies associées (taux de mortalité inférieur à 0,2 %), et un risque très important au-delà de 80 ans, âge où de nombreuses pathologies (maladie cardio-vasculaire ou hématologique, insuffisance rénale…) limitent souvent l’aptitude à se défendre contre une infection. En outre, selon les premières données d’un registre national, 83 % des patients en réanimation sont en surpoids

Aux États-Unis enfin, des données issues d’un échantillon représentant 10 % de la population révélaient le 28 mars que 58 % des patients ont plus de 65 ans, 31 % entre 50 et 64 ans et 11 % de 18 à 49 ans. Et près de 90 % des personnes hospitalisées ont des maladies associées, l’obésité constituant le principal facteur d’hospitalisation pour les moins de 50 ans, quand les plus de 65 ans souffrent plutôt d’hypertension et de maladies cardiovasculaires.

Pour résumer, l’analyse de la prévalence des comorbidités chez les patients infectés par le SARS-CoV-2 montre que différentes maladies sous-jacentes, notamment l’hypertension, les maladies du système respiratoire et les maladies cardiovasculaires, augmentent le risque d’avoir une forme plus grave de Covid-19. Or on sait que sur le long terme, l’exposition au dioxyde d’azote (NO2) peut générer un large éventail de problèmes de santé, tels que l’hypertension, le diabète, et les maladies cardiovasculaires.

De fait, d’après l’analyse récente de la pollution au NO2 et du nombre décès par Covid-19 dans 66 régions administratives d’Italie, d’Espagne, de France et d’Allemagne, cette exposition prolongée augmente aussi le risque de mortalité à la suite d’une infection par le SARS-CoV-2.

Une inquiétante progression

À l’image du diabète et de l’obésité, les maladies chroniques se développent dans le monde entier. Ces deux pathologies, qui sont aussi des pandémies, constituent en elles-mêmes des facteurs de risque pour d’autres maladies chroniques liées à l’alimentation, tout en aggravant le pronostic en cas de grippe saisonnière ou de Covid-19. Et l’on sait que l’asthme, maladie chronique la plus fréquente de l’enfant, est un facteur de comorbidité pour le virus de la grippe A (H1N1).

Pour la plupart, ces maladies sont plus fréquentes lorsqu’on vieillit. Mais la hausse de leur prévalence touche toutes les classes d’âge. Le nombre de personnes atteintes du diabète s’accroit ainsi majoritairement chez les 45-75 ans, et l’on observe la même dynamique pour les cancers, la polyarthrite, les maladies coronariennes, etc. Quant à la maladie de Crohn et aux spondylarthrites, c’est chez les plus jeunes que leur prévalence augmente le plus. Enfin, plus présent chez l’enfant et le jeune adulte dans de nombreux pays du monde, l’asthme a vu sa prévalence grimper de 11 % en France entre 2005 et 2012.

Incidence du diabète de type 2 en France entre 1997 et 2014 selon les classes d’âge. (source : Institut de veille sanitaire, IVS)
Author provided

Aux États-Unis, plus de 60 % de la population adulte souffre d’au moins une maladie chronique. Et en France, en l’espace de sept ans, de 2008 à 2015, le nombre de personnes concernées est passé de 8,3 à 10,1 millions, soit 18 % de la population. Le diabète y est prépondérant : il touche plus de 3,3 millions de personnes, dont 42 % ont moins de 65 ans. Quant à l’obésité, elle est présente chez 17 % des Français. Or l’une et l’autre maladies sont en progression. Il y a aujourd’hui 150 millions d’enfants obèses dans le monde et il pourrait y en avoir 250 millions en 2030. Et l’on s’attend à une explosion du nombre de cas de diabète (types 1 et 2) sur le globe : il pourrait atteindre 370 millions de personnes en 2030 (soit une hausse de 110 % en trente ans).

In fine, si l’âge augmente le risque de complications en cas de maladie infectieuse, ce risque est accru indépendamment de l’âge par des maladies chroniques comme le diabète, l’obésité, ou encore des pathologies du cœur et des vaisseaux. De plus, des études ont montré l’existence d’un lien avec des maladies infectieuses telles que la dengue, la malaria, le sida ou la tuberculose. Enfin, on sait que ces maladies chroniques sont associées à la consommation régulière et/ou excessive d’aliments ultratransformés et à des déséquilibres nutritionnels. Il convient donc d’encourager tant que faire se peut une alimentation de qualité : on pourrait ainsi réduire les comorbidités associées au Covid-19, tout en empêchant la progression des maladies chroniques.The Conversation

Michel Duru, Directeur de recherche à l’INRAE ; UMR AGIR (Agroécologie, innovations et territoires), Inrae; Anthony Fardet, Chargé de recherche, UMR 1019 – Unité de Nutrition humaine, Université de Clermont-Auvergne, Inrae et Edmond Rock, Directeur de recherche, Inrae

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Par l’équipe Ça m’intéresse

Escalade et nutrition – Le lait, boisson ou poison ? Etat des lieux d’une polémique qui dure depuis vingt ans

Publié le 13 mai 2020 par Amandine Verchère surplanetgrimpe.com

Sujet polémique s’il en est, la consommation quotidienne de lait après la petite enfance fait toujours autant parler. Déjà pendant mes études, au début des années 2000, j’étais confrontée au discours de mes professeurs sur les bienfaits du lait et des produits laitiers, et des questions de mon entourage, à propos d’une « vérité sur le lait et ses dérivés » qu’on nous cacherait. Mais à cette époque, les ressources dont je disposais étaient principalement les brochures vieillottes mises à disposition par l’école. Je me souviens particulièrement de l’une d’entre elles, qui vantait les mérites de l’installation d’un distributeur de lait dans les établissements pour mineurs qui avait (soi-disant) donné lieu à une amélioration significative des comportements. La brochure, évidemment, était distribuée à l’époque par le Cidil (Centre Interprofessionnel de Documentation et d’Information Laitières), l’ancêtre du lobby des produits laitiers tel qu’on le connait aujourd’hui.

Presque vingt ans plus tard, la consommation de lait attise toujours autant de tensions entre ses détracteurs absolus « le lait de vache, c’est pour les veaux » et ses partisans qui scandent « sans lait, pas d’os solides ». Dans le milieu sportif, c’est la potentielle action inflammatoire du lait et son influence sur l’apparition de tendinites qui donne lieu à des débats passionnés.

D’un point de vue purement nutritionnel, dire qu’un aliment est spécifiquement adapté à un animal en particulier est compréhensible mais alors pourquoi manger de la salade, puisque ce ne serait bon que pour les limaces ? La réciproque est vraie aussi : à partir de l’âge de six mois environ, l’être humain ne peut plus se contenter d’un seul type d’aliments et le principe d’un omnivore est de pouvoir à peu près tout digérer, donc biologiquement, la consommation de lait ne devrait pas poser trop de problèmes aux humains. Mais c’est bien sûr sans compter sur les variations individuelles, les millions de français digérant mal le lactose ne diront pas le contraire.

Par ailleurs, toutes les personnes qui ne consomment pas de lait par intolérance mais parfois pas de yaourt ou fromage non plus par goût ou par choix de vie et qui jouissent malgré cela d’une excellente santé osseuse donnent tort aux défenseurs des « trois produits laitiers par jour ». Mieux, en prenant un peu de recul pour observer les régimes alimentaires à travers le monde, on constate que ce produit peut aussi bien constituer une grande part de l’alimentation de certaines populations , notamment en Scandinavie ou aux États-Unis, comme en être exclus, à l’instar de la Chine (excepté en Mongolie intérieure), même si les régimes alimentaires ont tendance à évoluer avec la mondialisation.

Pour compliquer la donne, les indicateurs de santé osseuse à travers le monde, en particulier le taux de fractures de la hanche, utilisé comme marqueur de l’ostéoporose, tendent à montrer que les pays qui consomment le plus de lait et de produits laitiers ne sont pas les plus épargnés, loin de là. Cependant, la santé osseuse étant dépendante de facteurs tels que les apports en vitamine D, l’ensoleillement, l’activité physique et la régulation hormonale, il est difficile d’en tirer des conclusions radicales.

Notons toutefois que la pratique régulière de l’escalade, même si elle apparaît rarement dans les études, se classe dans les sports à impact modéré et à ce titre, exerce des contraintes bénéfiques sur le squelette. L’article du Dr Popineau de l’IRMBS https://www.irbms.com/activite-physique-et-osteoporose/ traitant de l’exercice physique et de l’ostéoporose, indique les exercices de force et d’étirements du psoas ont un effet de stimulation permettant de gagner de la densité osseuse dans les os de la hanche, ce qui est intéressant à mettre en perspective avec la gestuelle de l’escalade en particulier pour les femmes, qui sont les plus à risque d’ostéoporose.

Mais en ce qui concerne l’intérêt du lait en tant que boisson dans le cadre sportif, il reste difficile de se faire un avis en parcourant les publications scientifiques, du fait des conflits d’intérêt qui gangrènent le milieu. Un exemple parmi tant d’autres avec un article paru en 2018 dans la revue anglosaxonne Nutrients[1]. Celui-ci conclut que la consommation de 500 mL de lait atténue la perte de fonction musculaire après des exercices répétés de sprint et de sauts. Selon les auteurs, le lait peut être considéré comme un moyen adéquat de récupération post entrainement dans les équipes de sport féminines.

Cette étude pourrait être intéressante à plus d’un titre, d’une part pour les pratiquants de bloc, dont l’effort est probablement le plus proche des exercices décrits dans l’article et d’autre part pour contrebalancer les arguments en faveur du rôle inflammatoire du lait. Mais en quelques clics, on apprend que l’étude a été commandée et financée par Glanbia, une entreprise irlandaise de commercialisation de produits laitiers, et par The National Dairy Council, le lobby du lait en Irlande.[2]

C’est pourquoi, afin de compléter ces données, je recommande aux pro comme aux anti-lait de regarder certaines émissions scientifiques telles que 36°9 sur la RTS  https://www.youtube.com/watch?v=rKmC61uzU7Q ou le documentaire diffusé par Arte en 2017 https://www.youtube.com/watch?v=O_Bi0YGXnTM car elles offrent un éclairage intéressant sur l’évolution de la composition du lait au fil de l’industrialisation de sa production ainsi que sur les conditions d’élevage des vaches et leur influence sur sa qualité et de fait, sur la santé.

En tant que grimpeuse soucieuse de la nature mais aussi en tant que citoyenne, je pense que la problématique du lait dans l’alimentation va au-delà des considérations nutritionnelles et quand on y réfléchit, chaque litre de lait acheté est une caution donnée à un certain mode d’élevage et ses conséquences sur la santé animale et environnementale. La course au rendement provoque la concentration des élevages et de fait, l’apparition de maladies dont les traitements donnent des résidus qui se retrouvent dans les sols par l’intermédiaire des déjections, sans parler de la production de méthane.

De plus, la mise au point d’aliments « performants » pour nourrir les vaches à haut rendement entraine des expérimentations avec mise en place d’un hublot sur le flanc des animaux https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/06/20/des-hublots-dans-la-panse-de-vaches-pour-etudier-leur-digestion_5478758_3244.html dont la justification est contestable puisqu’il existe un moyen simple de garantir un lait de bonne qualité nutritionnelle : en laissant les vaches brouter de l’herbe en pâturage.

En conclusion, s’il est difficile de se fier aux études et donner un avis purement diététique sur le lait, du fait des conflits d’intérêt des chercheurs qui les mènent, il existe aussi des raisons éthiques et écologiques de ne pas consommer de lait, en tout cas celui issu de l’agriculture intensive. Les certifications Bio et Demeter assurent de meilleures conditions de vie aux vaches laitières et pour le consommateur, un produit de meilleure qualité nutritive (notamment la teneur en oméga 3). Il n’empêche que les animaux d’aujourd’hui restent issus de sélections permettant une production importante, ce qui signifie malgré tout la présence importante de facteurs de croissance[3] qui, selon le Pr Melnik https://profmelnik.de/assets/curriculum_vitae_prof_melnik.pdf, serait corrélée à l’apparition de maladies métaboliques telles que l’obésité.

Poison ou boisson, la vérité doit se situer donc quelque part entre les deux, en tenant compte de nombreux facteurs et en gardant en tête que c’est aussi la dose qui fait le poison. C’est pourquoi quand on me pose la question, je réponds que se demander s’il faut boire du lait ou non, c’est comme se demander s’il faut manger des concombres à chaque repas. C’est une question de tolérance personnelle (certaines personnes les digèrent et d’autres non), ça rend de toute façon malade quand on en mange trop et en consommer à tout va en connaissant pertinemment les conditions de production (la mer de plastique aux alentours d’Almeria est tout autant scandaleuse que les conditions d’élevage intensif et les vaches à hublot) relève plus d’un choix moral que diététique.

Texte: Amandine Verchère